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Des nouvelles de… Agnès Decourchelle

Agnès Decourchelle est une illustratrice de renom qui collabore avec les plus grands journaux internationaux (The Guardian, The New York Times…). Cette habitante d’Auteuil est aussi professeur de dessin à l’école Prep’Art.

Actuellement, Agnès illustre chaque jour Le Journal des Mobilisés sur le site www.telerama.fr, une série d’articles donnant la parole à celles et ceux qui se mobilisent durant la pandémie.

Entre ce travail prenant et les devoirs de ses enfants, elle nous confie ses ressentis dans ce long entretien. 

Où es-tu ?
J’ai rejoint ma famille dans le Sud-Ouest juste avant le confinement. Je mesure la chance que j’ai d’être au vert, mais c’est assez culpabilisant. C’est une vraie préoccupation pour moi, même si je sais que c’est mieux pour mes enfants.

Comment occupes-tu tes journées ?
Les journées passent vite. Les premières semaines du confinement, l’organisation était très difficile, tout tournait littéralement autour des devoirs de mon fils qui s’accumulaient heure après heure. Cela monopolisait ordinateur, téléphone, imprimante, et toute ma présence. Impossible de faire autre chose de la journée. C’était très mal coordonné et la charge de travail était pharamineuse pour un collégien de 5e ! En parallèle, j’étais censée relancer mon activité professionnelle artistique. Dans la maison, tout le monde allait devenir fou… Le rythme est devenu plus souple pendant les vacances scolaires car il y a avait moins de devoirs. Nous verrons maintenant comment va se passer la reprise…

Il fallait aussi s’organiser pour le ravitaillement, les repas, s’occuper de mon autre fils de 6 ans (sans écran si possible). Pendant plus de 15 jours, nous portions tous masques et gants dans la maison, en quarantaine, par précaution les uns envers les autres. Le ménage occupait le peu de temps qui restait. On cuisinait aussi davantage pour pouvoir apporter une part aux voisins âgés qui ne sortent plus.

Même sans commande d’illustration, j’ai continué de dessiner le soir, une fois les enfants couchés. J’ai fait des petites animations dessinées comme des modes d’emploi pour expliquer comment faire soi-même des masques de protection (système D avec des masques de sommeil pour ma soeur malade aux Etats-Unis qui ne pouvait plus coudre). J’ai dessiné chaque étape de couture quand ma mère fabriquait des masques en tissu pour les voisins et petits producteurs du coin. Je les partage avec les amis ou sur Instagram. Je tiens aussi un carnet de dessins de confinement.

Puis j’ai reçu une commande de dessins pour le site web de Télérama à propos des « mobilisés », ces soignants qui sont sur le front pour lutter contre le Covid-19. C’était inespéré dans ce contexte où tout est gelé. Mes parents m’ont relayée l’après-midi sur les devoirs, afin que je puisse avoir quelques heures pour dessiner. J’en suis très reconnaissante. Je continue parfois de dessiner la nuit si je n’ai pas pu terminer mes illustrations.

J’ai aussi réservé quelques plages horaires pour suivre à distance mes étudiants qui doivent passer les concours des écoles d’Art; ça semble irréel de continuer à discuter de leurs projets mais je suis heureuse de les aider à retrouver un semblant de normalité. Certains ont abandonné, j’espère que ce n’est que temporaire.

Ce que tu ne faisais pas avant (ou peu) et que tu fais à présent ?
Je mets à jour mon site internet, je range mes archives. J’écoute les podcast de France Culture en dessinant. Pareil pour les enfants, ils ont plaisir à écouter des histoires. J’ai ressorti mes vieilles cassettes audio.

On regarde parfois en famille les films de Louis de Funès et de Miyazaki. Depuis le confinement, je n’arrive plus à écouter certaines musiques ou à regarder certains films alors j’en profite pour finir de lire tous les romans commencés il y a longtemps !

Ton regard sur le confinement ?
Comme j’illustre les témoignages des soignants qui vivent au quotidien la réalité morbide du virus, j’ai totalement conscience que le confinement est nécessaire pour ralentir l’épidémie et l’engorgement dans les services de réanimation. C’est à notre petite échelle, un geste de solidarité ! J’espère arriver, par mes dessins, à transmettre les états d’âme des gens mobilisés : leurs peurs, leur humanisme, leur pugnacité, afin de sensibiliser les lecteurs et leur apporter de l’espoir.

J’ai une cousine en Italie qui vit le confinement depuis plus longtemps que nous en France, elle connait la pénurie dans les magasins, elle a déjà perdu des amis chers et les écoles ne rouvriront pas avant septembre. Ma soeur à Chicago a attrapé le coronavirus. Les consignes là-bas sont beaucoup moins strictes. Je me rends compte que les règles du confinement ne sont pas les mêmes selon les pays, cela pose question.

Le confinement m’a aussi permis de comparer la notion de « continuité pédagogique » selon les écoles ! 🙂 Cette période a exacerbé certains comportements égoïstes et agressifs. J’essaye de me tenir loin de débats stériles, je ne veux juger personne. Chacun fait du mieux qu’il peut… Je retiendrai de cette période les initiatives spontanées de solidarité !

La première chose que tu feras lorsque le confinement sera levé ?
Revoir mes amis, ma soeur qui pourra peut-être rentrer des Etats-Unis et ma grand-mère. Faire de la voile. La mer, pourtant si proche, me manque terriblement.

Ton état d’esprit face à l’avenir ?
Carpe Diem… Même si je suis de nature optimiste, je sais qu’il faudra réapprendre à faire confiance. Je ne sais pas du tout comment sera le quotidien en sortant du confinement. Cette situation est tellement inédite, j’ai du mal à me projeter concrètement, financièrement. Les aides proposées par l’Etat ne sont malheureusement pas adaptées au statut des artistes indépendants : nous ne rentrons pas dans les cases d’éligibilité…

Je vis à court terme, en fonction d’une organisation pratique, de toute la logistique quotidienne et en fonction des enfants. J’essaye de me concentrer sur le lien avec eux pour garder un équilibre et des relations harmonieuses.

Je sais que j’ai envie de changement, de ré-évaluer les priorités, je continuerai mes efforts au quotidien pour rester engagée dans une démarche écologique et responsable. Le dessin et mes enfants restent mes moteurs pour avancer.


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