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Johan Derderian lance un appel à la raison

Une fois n’est pas coutume, le 16cc relaie aujourd’hui le « ras-le-bol » de Johan Derderian, propriétaire de Il Cottage situé boulevard Lannes, à quelques pas du Bois de Boulogne.

L’enclos du restaurant de plus de 4000m² abrite des animaux depuis cinq ans – poules, coqs, lapins, chèvres… pour le plus grand plaisir des enfants du quartier. Mais depuis la pandémie du coronavirus et la fermeture de l’établissement, Johan et son équipe font face à des actes d’ignorance et de malveillance répétés qui nuisent à la santé des animaux.

Nous l’avons interviewé afin qu’il nous raconte les plaintes, dégradations de matériels et vols qu’il subit, en espérant que son appel soit entendu.

Johan, depuis combien de temps existe le Cottage ?
Cela fait presque 5 ans maintenant. Nous aurions dû faire une belle fête pour célébrer cet anniversaire le 1er juin…

Peux-tu nous parler de ce lieu atypique à Paris ?
L’idée de départ était de créer une maison de campagne, accessible à tous en plein 16ème. Qui dit campagne dit nature et animaux ! N’ayant pas les compétences pour faire un zoo ;-), j’ai penché pour une ferme urbaine et pédagogique. Au bout de l’avenue Foch, l’idée était plutôt cocasse. J’ai donc passé des agréments et un capacitaire au lycée agricole. Je me suis inscrit à la Chambre agricole d’île de France et suis devenu officiellement un éleveur Parisien (nous ne sommes que 3), apte à transmettre. Il faut savoir que sans le capacitaire ACACED, je n’aurais pas le droit par exemple d’expliquer aux enfants que les lapins sont des herbivores. Le Cottage est aussi un refuge LPO et il nous arrive souvent de trouver le matin en ouvrant un nouveau lapin ou même une poule abandonnée chez nous. Nous les soignons et les accueillons à chaque fois.

J’ai imposé des règles drastiques sanitaires, que ce soit sur la partie restauration mais aussi sur la partie animalière. En plus des contrôles des institutions d’état, je missionne des cabinets privés qui viennent à l’improviste contrôler les règles d’hygiènes, avec des prélèvements et des tests en labo. Lors du dernier contrôle d’hygiène de la préfecture, le restaurant a reçu la note de 4/4. Quant à nos animaux, nos contrôles sanitaires se passent très bien, nous avons des rapports de vétérinaire experts attestant chaque année que nos animaux sont en bonne santé. Tout ça pour dire que nous savons ce que nous faisons et nous le faisons bien.

Avant le confinement, combien d’animaux vivaient au Cottage ?
Une quarantaine de bêtes, des chèvres, des moutons d’Ouessant, des lapins, des poules dont des géantes, des dindes, des oies, des canards… beaucoup d’espèces rares, qu’il est important de préserver.

Que s’est-il passé lorsque le confinement a été décrété ?
Dès le décret nous interdisant d’ouvrir le restaurant (mettant ainsi 15 personnes au chômage partiel), nous avons mis en place un protocole très précis : n’ayant que des animaux de ferme, le foin à disposition (bien meilleur que de l’herbe fraiche pour ce type d’animaux), les trémies à grain et les abreuvoirs automatiques reliés à l’eau de ville nous auraient permis de ne venir qu’une fois par semaine ! Mais pour nous c’était impensable de les laisser ainsi, surtout qu’ils sont quasiment tous domestiques. Ils avaient besoin de garder un contact humain avec nos équipes qui s’en occupaient déjà quotidiennement.

Nous avons donc organisé 2 passages par jour (d’une seule personne à la fois), un le matin, assez tôt et un le soir. En plus de nos équipes, la fille d’une voisine en formation vétérinaire, avait l’accès à nos enclos et y venait tous les jours afin de jeter un œil extérieur et professionnel. Nous avions donc jusqu’à 3 passages par jour.

Pourquoi les riverains ont donc alerté les services de protection des animaux ?
Dès le début du confinement, nous avons appris que des plaintes étaient déposées. On nous reprochait de ne pas apporter d’eau ni de nourriture aux animaux. Lorsque nous répondions que l’on venait 2 à 3 fois par jour, on nous traitait de menteur. Idem pour l’eau, alors que les abreuvoirs (vasque distribuant de l’eau) automatiques sont visibles de la rue. On nous disait aussi que nos animaux avaient toujours faim ! Ce qui est normal : ce sont des animaux domestiques. Comme les chiens, quand ils voient un passant, ils supposent qu’ils auront une friandise. Les chiens aussi ont toujours faim, ce n’est pas pour autant qu’on les nourrit abondamment toute la journée !

Et puis, un matin, un lapin a été découvert mort dans notre enclos. Au lieu de nous appeler pour nous prévenir, des photos ont été prises et postées sur les réseaux sociaux. J’ai reçu des insultes, des menaces de morts, « il fallait me trancher la tête de mon vivant » avec en plus, bien évidemment, des appels au boycott du restaurant. Des pseudos associations se sont emparées de l’affaire, ont appelé la police pour maltraitance animale ainsi que la SPA. La police a visité nos locaux puis la SPA qui, suite à l’examen du lapin, a observé des traces de crocs sous le cou et conclut à une morsure de renard. Le bois étant interdit au public, ils n’ont plus de déchets à manger et sortent du bois pour se nourrir.

Nous avons réussi à faire effacer quasiment tous les posts sur les réseaux mais ce fut une vraie crise à gérer alors que nous avions déjà suffisamment de sujets à traiter, avec la fermeture de restaurant (économiques, sociaux…) Puis nous avons réalisé un communiqué demandant aux personnes de rester chez eux, de nous laisser faire notre travail et surtout, de ne pas nourrir les animaux car la suralimentation est très dangereuse pour eux. Nous avons aussi posé des affiches demandant de ne pas les nourrir mais nous les avons retrouvées chaque jour par terre, déchirées…

Tes volailles ont ensuite été tuées et volées ?
Le dimanche 5 avril au matin, nous avons reçu un appel (le numéro était donc utile) nous prévenant qu’un canard était sur le trottoir. Un des membres de l’équipe était déjà en route. Notre priorité a été de le récupérer et de le soigner car il était blessé. Quelques minutes plus tard, en rentrant dans l’enclos, il nous manquait une dizaine de bêtes ! Toutes les grosses volailles avaient disparu : les oies (à tête barrée), les dindons, les canards, les poules géantes Sussex !
Nous avons immédiatement appelé la police et avons visionné nos cameras de surveillance. Les images étaient horribles. Ça s’est passé le samedi soir à 23h30 alors qu’à 21h on y avait fait le contrôle de soirée ! Elles sont très dures : on y voit deux individus attrapant les volailles n’importe comment, tentant de leur briser le coup et de les jeter dans des sacs. Le cri des bêtes est insupportable, je ne comprends pas qu’aucun voisin n’ai rien entendu.
La police a été très réactive, elle a fait les constatations et grâce aux cameras de la Ville, les auteurs de ce massacre sont poursuivis. Je tiens à préciser que la SPA s’est associée à ma plainte en se portant partie civile, preuve qu’on ne doit pas être si mauvais comme certains le prétendent…

Qu’as-tu fait pour protéger les animaux restants ?
Une fois que la police a fait ses constatations, j’ai embarqué tout le cheptel restant dans une bétaillère et l’ai emmené chez un ami à la campagne qui m’a prêté un champ. J’ai laissé les lapins pour deux raisons : la première est qu’ils ont un terrier de plus de 10 mètres de long dans une lapinière grillagée. Ainsi, en cas de danger, ils se réfugient au fond et sont inaccessibles de tout geste malveillant. La seconde, pour permettre à mes équipes de venir les voir tous les jours. Nous sommes plus que jamais soudés autour de nos animaux.

La situation s’est-elle calmée depuis ?
En fait, je n’avais pas imaginé que ce qui nuirait le plus aux lapins serait les passants. Tous les jours, on retrouve notre matériel détérioré par des personnes qui y jettent leurs épluchures de légumes !  On a bien évidement mis un panneau NE PAS NOURRIR qui a été arraché. Nous avons remplacé le bois par du plastique qui a été scié et là, j’apprends que le plexiglass posé il y a 2 jours a été cassé hier !

C’est hallucinant. Je comprends que les Parisiens s’ennuient mais de là, à venir faire des dégradations pour distribuer leurs restes alimentaires à nos lapins alors qu’ils sont nourris avec un mélange de graines spécifiques…

A ce jour, personne ne peut prédire quand on rouvrira, mais quand ça sera enfin THE DAY, en plus de remettre en état le restaurant suite à une longue inactivité, on va devoir réinvestir pour remplacer les éléments structurels de notre élevage, saccagé par des personnes qui se revendiquent bienfaiteurs animaliers. Si je continue à élever des animaux, c’est pour le plaisir des enfants que je vois émerveillés devant eux. Je ne vais donc pas mettre de barbelé ni de clôture électrique !

Ton état d’esprit aujourd’hui ?
Nous avons des supers riverains, nous avons d’excellents rapports avec eux, mais aussi avec leurs gardiens et les commerçants qui nous soutiennent quasiment tous à 2000%. Certains mouillent même leur chemise en prenant notre défense s’ils nous sentent menacés. Et puis y’a les autres, toujours une minorité. C’est comme partout, « y’a des cons, comme disait Audiard, et les cons ça ose tout, c’est même comme ça qu’on les reconnait ! »

La seule chose que je demande aujourd’hui : que les adultes deviennent grands… Qu’ils cessent de nourrir nos animaux afin qu’ils restent en bonne santé car ce qu’ils leur donnent n’est pas vraiment bon pour eux. Et si des lecteurs constatent des actes de malveillance, qu’ils n’hésitent pas à nous prévenir.

 


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