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Nicolas Villani, la mode parigote-italienne

Dans les années 60, Nicolas Villani tombe amoureux d’une jolie française et quitte son Italie natale pour s’installer avec elle à Paris. Ce tailleur très réputé à Rome connaît le même succès dans la capitale et habille de nombreuses célébrités. Aujourd’hui, ses filles Jeanne et Emma ont repris le flambeau de la maison Nicolas Villani. Les deux sœurs s’appuient sur le savoir-faire transmis par leur père dans la confection sur-mesure pour homme tout en créant des collections mixtes singulières, dont chaque modèle est dessiné dans leur boutique-atelier de l’avenue Marceau avant d’être fabriqué en Italie, berceau familial.

Jeanne, Emma, racontez-nous l’histoire de Nicolas Villani.
Emma : En 1960, après avoir été formé auprès des plus grands tailleurs italiens, notre père ouvre à Rome son premier atelier de confection sur-mesure et fonde à 22 ans la marque qui porte son nom. Il acquiert vite une belle renommée et habille de nombreux artistes de cinéma. Puis il rencontre notre mère française et l’épouse. En 1965, il s’installe avec elle à Paris et ouvre l’année suivante une boutique-atelier au cœur de Pigalle, un quartier bouillonnant, libre et créatif où il est dans son élément ! Il habille à nouveau des personnalités du monde de l’art et du spectacle, comme le propriétaire du Moulin Rouge pour lequel il confectionne également les costumes sur-mesure des danseuses, ou encore Claude François et ses Claudette aux tenues bien ajustées. Son succès est tel qu’il doit bientôt s’agrandir. Après quelques recherches, il a le coup de foudre pour une boutique située avenue Marceau qui dispose d’un vaste atelier au sous-sol.

Et c’est ainsi que vous vous retrouvez du jour au lendemain dans le seizième arrondissement !
Jeanne : Oui, un changement radical. On quittait un quartier populaire et interlope, avec travestis, sex-shop, patronnes de bouclards pour les quartiers chics de Chaillot Trocadéro. Emma se souvient encore de ses premiers jours à L’Institut de l’Assomption-Lübeck, un autre monde ! (rires) Moi, j’étais déjà adolescente et je savais que je voulais devenir styliste. Après avoir suivi la formation de l’école Esmod puis celle de la Parsons School of Design de New York, j’ai travaillé dans les ateliers de grands couturiers, comme Karl Lagerfeld et Guy Lacroix, puis j’ai rejoint mon père afin de parfaire mon apprentissage technique de modeliste. Celui-ci, au décès de notre mère, a décidé de quitter la France pour retrouver son pays natal, et m’a laissé les clés de « sa maison », cette marque de mode qu’il avait créée et développée pendant quarante ans.

Un honneur mais aussi une grande responsabilité ?
Jeanne : Oui, c’était très exaltant et en même temps, un sacré challenge. Comment conserver le style qui plaisait à sa clientèle fidèle, des hommes raffinés et exigeants qui aimaient les coupes précises et les tissus remarquables, tout en apportant sa touche personnelle ? Par chance, Emma, qui avait suivi des études de gestion, m’a rejointe rapidement dans l’aventure. Et c’est ensemble, depuis, que nous veillons à cet héritage familial. Comme nous avons des compétences distinctes, notre association fonctionne à merveille : je dessine et réalise les collections, Emma gère la commercialisation de la marque et la boutique.

Comment définiriez-vous le style Nicolas Villani ?
Emma : C’est d’abord une éducation. Filles de tailleur, nous avons toujours baigné dans l’univers du luxe masculin et de la confection sur-mesure. Jeanne travaille minutieusement les patrons, les coupes, les tissus. Chaque modèle est dessiné dans l’atelier parisien de l’avenue Marceau. Les créations sont ensuite fabriquées en Italie. Au-delà de nos racines, l’excellence de la mode se trouve encore à Rome et dans les filatures italiennes. Les collections reviennent ensuite à Paris, où elles sont présentées dans notre boutique. Leur style ? Nicolas Villani, c’est le chic parisien qui rencontre le glamour de la dolce vita ; un style élégant, féminin, sensuel et coloré.

Votre boutique est aussi très chaleureuse et cosy. On s’y sent comme à la maison…
Jeanne : Cela nous fait infiniment plaisir ! Les clients nous disent souvent qu’elle a conservé l’esprit des maisons de couture d’autrefois, où l’on prenait les mesures des clientes dans l’atelier, où l’on ajustait les modèles dans des petits salons feutrés, au milieu des croquis et des échantillons de tissus. Dans la boutique, on retrouve cette atmosphère avec canapé en velours, cabines boudoirs, livres, dessins… En fait, comme la marque repose uniquement sur Emma et moi, son décor reflète nos personnalités. Et dans notre univers, il y a des plantes vertes, des moodboards, un vélo italien siglé Nicolas Villani…

Votre marque est cachée et confidentielle. C’est une volonté de votre part ?
Emma : Oui, Nicolas Villani reste une maison familiale. Nos clients aiment cette intimité. Certaines femmes ne parlent même pas de la marque à leur copine pour être sures qu’elles ne porteront pas les mêmes tenues ! (rires) Nous avons aussi une clientèle masculine qui travaille dans le quartier et reste fidèle à Nicolas Villani pour la confection de leurs costumes sur-mesure. Nous avons des liasses de tissus à leur disposition et un savoir-faire complet jusqu’aux finitions, des doublures au surfilage. Grâce à notre eshop, nous touchons également une clientèle dans toute la France et à travers le monde. En général, les personnes viennent essayer une fois les vêtements à la boutique pour connaître leur taille puis achètent les yeux fermés car ils savent que toutes les pièces sont coupées à façon.

Un regret ?
Jeanne : Dans un quartier branché, on parlerait de notre boutique comme d’un flagship tendance avec les collections exclusives d’une créatrice. Le fait d’être situé avenue Marceau fait sourire, voire intimide : les personnes pensent que nos vêtements sont hors de prix (alors qu’ils sont très accessibles) et les fashionistas ne viennent pas jusqu’ici ! (rires). Cela dit, on en prend notre parti. Nous sortons deux collections par an, agrémentées de collections capsules et de séries limitées. Ainsi, les clients découvrent de nouveaux modèles tous les quinze jours. Des vêtements mais aussi de nouveaux livres, des croquis, des magazines… notre « petit monde mode » loin de sentiers battus.

Nicolas Villani
45 Avenue Marceau
www.nicolasvillani.fr


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