Balade par quartier : Auteuil La Muette Porte Dauphine Chaillot

Pierre Finot, dessinateur urbain

Au gré de ses balades parisiennes, le dessinateur Pierre Finot croque notre vie urbaine, la tranquillité d’une rue, l’animation d’une place, l’ambiance d’un café ou d’une brasserie… 

Nous avons posé quelques questions à cet artiste-promeneur que l’on peut souvent croiser dans le seizième (où il vit !), tenant d’une main son carnet de croquis, de l’autre ses crayons.

Pierre, quel est votre parcours ?
Après 2 années à l’Ecole des Beaux-Arts, j’ai intégré l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) où j’ai obtenu mon diplôme en section communication visuelle. J’ai ensuite suivi plusieurs formations en arts graphiques et multimédia, à l’Atelier national de création typographique (ANCT) et à l’Ecole des métiers de l’image Les Gobelins. Inscrit à la Maison des Artistes, j’ai débuté mon activité en tant que graphiste designer-illustrateur indépendant puis j’ai rejoint l’Imprimerie nationale où j’ai beaucoup appris sur les métiers de l’édition, comme directeur artistique de beaux-livres, réalisés notamment en collaboration avec des photographes et des artistes. Lors du démantèlement de l’Imprimerie nationale en 2005, j’ai poursuivi mon activité en indépendant, principalement dans le domaine culturel en travaillant pour la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais, le musée Rodin ou encore le musée Marmottan-Monet pour qui j’ai réalisé des Guides de collections, des catalogues d’expositions… J’ai également conçu de beaux-livres pour des maisons d’éditions : Actes Sud, La Martinière, Place des Victoires, Koegui…

Quand avez-vous commencé à dessiner des « scènes de rues » ?
J’ai toujours dessiné. Lorsque je pars en vacances, je n’emporte pas d’appareil photo mais des carnets et des aquarelles. Le temps de pose est certes plus long, mais c’est un bonheur. Le dessin implique un sens particulier de l’observation et j’éprouve le sentiment de mieux comprendre ce que je vois. Je dessiner avec mes yeux et non ma tête. Comme disait J.W.M. Turner : « Mon travail consiste à peindre ce que je vois, non ce que je sais être là ». Côté technique, je dessine sur le motif, au feutre noir sans crayonné, puis généralement je réalise la mise en couleur à l’aquarelle ou gouache, de retour à mon atelier. J’aime la ligne claire chère à la BD.

Comment choisissez-vous les lieux que vous allez « croquer » ?
Je me laisse porter par l’envie irrépressible de dessiner. Elle me pousse à sortir, à pieds ou à vélo, à déambuler, sans but précis, parfois un certain temps avant de m’arrêter là où une conjonction de perspectives – lumières, couleurs et ambiance – me satisfont. Une démarche très photographique par l’exigence du cadrage, comme dans l’œuvre d’Eugène Atget que j’apprécie beaucoup. J’aime montrer Paris dans son quotidien ; je ne dessine pas les monuments emblématiques ou touristiques de la capitale mais le Paris auquel personne ne prête attention, des scènes sans sujet, où il ne se passe rien ou presque rien. Je ne cherche pas à faire du beau, simplement à représenter ma vision d’une réalité, un témoignage documentaire avec ses poubelles, ses scooters, son mobilier urbain…

Vous habitez le seizième et dessinez fréquemment ses rues, ses bars…  C’est votre terrain de jeu préféré ? 

Après des années estudiantines passées dans le XIIIe, j’ai rencontré ma compagne, qui est devenue la mère de mes 2 enfants. C’est elle qui m’a entraîné avenue Victor-Hugo, où nous habitons depuis plus de 20 ans. Evidemment, habitant l’arrondissement, je le dessine volontiers. Mais je n’ai pas pour autant de thème de prédilection. Ni quartier ni période architecturale. J’aime autant le Vieux Paris, les immeubles haussmanniens que les complexes des années 60/70, voire contemporains. Ce qui m’intéresse, ce sont les rapports entre la pérennité de l’architecture, monumentale, imposante, et l’éphémérité de la vie qui tourbillonne perpétuellement. Mon propos est de fixer à l’instant T tout ce que révèle la présence de milliers de destins qui se croisent, se rencontrent, se fuient en laissant leurs multiples traces.

Quels sont les cafés, restaurants, sites que vous aimez particulièrement dessiner ?
Généralement, hormis la récente série « cafés en léthargie » (lors du confinement), ce n’est pas un lieu particulier mais une ambiance, des juxtapositions de styles, d’époques que j’aime dessiner… Le seizième offre une grande diversité de sujets, cultive l’art de l’esthétisme, une richesse patrimoniale de toutes périodes architecturales, ponctuée d’arbres et d’espaces verts. Sa topographie particulière (village de Passy, colline de Chaillot…) offre d’intéressantes perspectives, surtout en descendant vers la Seine.

Exposez-vous vos dessins ?
Pour être franc, je n’ai jamais pris le temps de valoriser cette activité, qui reste avant tout un plaisir. Je n’ai même jamais pris le temps de réaliser un site internet pour mon activité professionnelle ! Pas pris le temps non plus de monter une exposition… En revanche, j’ai testé des agrandissements en tirage numérique (50 x 70 cm) qui sont intéressants. J’envisagerais volontiers la réalisation d’un album – concept éditorial à réfléchir – que j’aurais plaisir à mettre en forme. Éditeur à trouver ! Pour l’anecdote, lorsque j’étais étudiant, je payais mes vacances en réalisant des aquarelles que je vendais aux touristes le soir, sur la Croisette, par exemple. J’ai aussi honoré des commandes pour des particuliers qui souhaitaient une vue de leur maison. Je publie maintenant régulièrement mes dessins sur Instagram et j’éprouve un grand plaisir à partager avec des dessinateurs du monde entier nos croquis respectifs. J’ai beaucoup d’affinités graphiques avec les coréens de la communauté Urbansketchers notamment, très active.


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